« […] Je pense qu’on a toujours été au-dessus du Sénégal. […] », a récemment expliqué en conférence de presse le sélectionneur du Cameroun Rigobert Song lorsqu’il faisait appel à sa mémoire et tous ses succès remportés face au Sénégal.
Notamment la finale de la CAN 2002 remportée aux tirs au but : 3 à 2. Séance malheureuse pour les deux entraîneurs, Rigobert Song donc et Aliou Cissé, qui tous les deux ont raté le leur.
C’était il y a longtemps, fort longtemps mais malgré tout cela, l’évolution du football sénégalais particulièrement, qu'il a pourtant reconnue, l’ancien défenseur des Lions Indomptables, anormalement confiant, a cru que les choses se passeraient comme avant. Bien mal lui a pris. Retour sur ce Sénégal – Cameroun, troisième gros choc de la CAN 2023 après Côte d’Ivoire – Nigéria (0-1) et Égypte – Ghana (2-2).
Ou comment le Sénégal a rendu le Cameroun moins Gaïndé[1].
LE SÉNÉGAL PARLE AVEC SES PIEDS

« Vous savez nous, au Sénégal, on est un peuple qui ne parle pas beaucoup, un peuple très humble. Donc comme je le dis, le Cameroun… Vous êtes le continent, on vous connaît… », a plaisanté Aliou Cissé lors de cette même conférence. L’accent camerounais en prime après avoir trouvé puis mis le point g à la fin du continent.
C’est que l’entraîneur des champions d’Afrique à titre – pas si humbles que ça – a bien joué le coup, laissant le terrain et ses joueurs parler. Et ceux-ci l’ont fait dès la 15ème minute de jeu.
Sur un corner mal tiré par le jeune prodige Lamine Camara, la défense camerounaise repousse s’emmêle les pinceaux. Ismaïla Sarr, l’un des trois marseillais de l’équipe avec Iliman Ndiaye et Pape Gueye, ouvre le score d’une frappe sur laquelle André What’s My Name Onana, peut-être encore sous l’effet du jet lag, après avoir atterri après ses coéquipiers, ne peut se détendre efficacement. Sénégal 1 – Cameroun 0. C’est aussi le score de la mi-temps.

UNE SECONDE MI-TEMPS DE HAUT NIVEAU
La deuxième période est du même acabit voire plus.
Maîtres du ballon, les Sénégalais mettent le pied sur le ballon, multiplient les redoublements de passe, font admirer technique balle au pied et sérénité, notamment Lamine Camara, attendent une faille.
71ème minute de jeu. Contre-attaque sénégalaise qu’on pense mal exploitée jusqu’à ce qu’Ismaïla Sarr trouve Habib Diallo. Le buteur strasbourgeois ne double la marque. Sénégal 2 – Cameroun 0.
Et pendant ce temps-là, le Cameroun ne rend pas les armes.

Sur un corner tiré à deux, Ntcham centre et trouve Jean-Charles Castoletto.
Bien aidé malgré lui par Nicolas Jackson, qui ne saute pas, le défenseur central camerounais réduit le score. Sénégal 2 – Cameroun 1.
À l’égalisation, les supporters camerounais y croient. Encore plus quand Georges-Kévin Nkoudou manque de reprendre le ballon de la tête. Il s’en veut et s’en voudra encore plus quelques minutes tard.
LE BUT DE SADIO MANÉ OU LA CERISE SUR LE GÂTEAU

Figure paternelle pour certains jeunes joueurs au premier rang desquels Lamine Camara, devant lequel il s’est mis lorsqu’André Onana et Jean-Philippe Castoletto l’enjoignaient de sortir vite et bien, alors qu’il était blessé, Sadio Mané, deuxième au Ballon d’Or 2022 derrière Karim Benzema, n’avait pas encore marque. Une anomalie que le Sénégalais a vite et superbement rectifié. Un amour de plat du pied sur un centre venu de la droite. Sénégal 3 - Cameroun 1.
Dans sa course pour célébrer, Sadio Mané part vers les supporters puis revient vers ses coéquipiers emmenés par un Cheikhou Kouyaté qui a récemment perdu son père.
Dans ce stade Charles Konan Banny, à Yamoussoukro, où environ 20 000 spectateurs avaient fait le déplacement, la scène est émouvante et belle.
Dommage que pendant le match, selon nos informations, puis après le match des supporters camerounais aient été harcelés par des fans ivoiriens revanchards. Vexés, certains n’auraient pas oublié ces images de leurs compatriotes hués et moqués après l’élimination contre l’Égypte lors de la précédente CAN. Dommage.
Parce qu’on n’en avait pas besoin de ça surtout pas les Lions Indomptables du Cameroun, qui peuvent encore se qualifier comme la belle-famille ivoirienne, les quintuples vainqueurs de la CAN, les compatriotes de Samuel Eto’o, le continent, etc. Le Sénégal n’a eu besoin que de 90 minutes et de ses supporters pour les rendre moins emphatiques, plus humbles, moins Gaïndé. Et accessoirement de se qualifier pour le second tour.
[1] Surnom des supporters sénégalais, le 12ème Gaïndé.
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