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LA CÔTE D’IVOIRE S’OFFRE SON SECOND FESTIVAL DE CAN

Photo du rédacteur: Dozilet KpoloDozilet Kpolo

Dernière mise à jour : 28 janv.

« Mollah, vous avez gagné. » chuchote ton pote camerounais.

LA CÔTE D’IVOIRE S’OFFRE SON SECOND FESTIVAL DE CAN
We are the champions! ©Tous droits réservés

La première fois qu’il a prononcée ça, la phrase a fait écho dans ton cerveau qui s’est vidé aussi vite que le compte courant de nombreux Ivoiriens en Décembre. Car au pays du coupé-déchaîné, inventé puis perfectionné bruyamment par feu Ange Didier « Arafat » Houon, les fêtes de fin d’année sont l’occasion pour beaucoup de dépenser plus qu’ils en ont avant de pleurer quand Janvier commence.


Pendant longtemps, bon nombre d’entre eux piaulaient devant le palmarès étique d’une équipe nationale de football collectionneuse de défaites plutôt que de victoires. Mais ça, c’était avant que la Côte d’Ivoire ne remporte la CAN 2015, brisant ainsi ce cycle infernal d’échecs.


Moteur/caméra/action sur ce film où la Côte s’offre son second festival de CAN.


LA CÔTE D’IVOIRE GLISSE SUR LA GRÈCE

Avant que la Séléphanto ne remporte la finale de la Coupe d’Afrique pour la seconde fois de son histoire, le soir du 8 février 2015, il eut d’abord le Brésil et surtout la Grèce.


Chez les Auriverde, l’un des multiples surnoms de la sélection brésilienne, l’heure est encore à la fête fin juin 2014 avant la cinglante défaite face à l’Allemagne (1-7). Et ce malgré, les manifestations anti Mondial contre les 11 milliards de dollars qui auraient été investis dans l’organisation de cette Coupe du Monde. Ils regrettent que ces sous n’aient pas plutôt servi à l’amélioration des conditions de vie de certains d’entre eux. À croire que le reste du pays Samba les roubignolles.


Le Brésil, c’est aussi ce pays contre lequel un africain marquait pour la première fois en phase finale de Coupe du Monde : un certain Didier Drogba. Quatre ans après, ce but symbolique mais ô combien inutile dans une défaite (3 – 1), l’homme est toujours là. Une grosse barbe noire hirsute est venu se poser sur son visage autrefois glabre. Et son statut a lui a aussi considérablement changé. Dorénavant, sous les ordres de l’inexpérimenté Sabri Lamouchi, Dahizoko démarre sur le banc comme un vulgaire remplaçant, un joueur qui n’aurait jamais fait ses preuves.


Entrée à deux reprises face Japon (2-1) puis la Colombie (1-2), l’attaquant âgé alors de 36 ans est titularisé lors de la rencontre décisive face à la Grèce. Mais, le numéro 11 ivoirien est de retour sur le banc quand le Grec Samarás envoie les siens en 8èmes de finale après un drôle de pénalty.

Perdre dans des conditions tragiques face au pays qui l’a inventée même, la tragédie, il n’y a que les Ivoiriens qui pouvaient la faire celle-là.


Quelques semaines plus tard, Didier Drogba prend sa retraite sans avoir remporté la moindre CAN. Chose que ses anciens partenaires feront quelques mois plus tard.


MAX ALAIN GRADEL RENVERSE LES LIONS INDOMPTABLES

LA CÔTE D’IVOIRE S’OFFRE SON SECOND FESTIVAL DE CAN
Un banc pour Gradel. ©Tous droits réservés

Lorsqu’elle arrive chez la très très très démocratique Guinée Équatoriale, l’équipe ivoirienne est désormais entraînée par le vrai-faux frère jumeau de Ser Jaime Lannister : Hervé Renard.


Contrairement à son doppelgänger, Renard a la main sur son groupe savant mélange entre jeunes au potentiel intéressant tels que Serge Aurier, Éric Bailly, Wilfried Kanon, et vieux loups de mer comme le capitaine Yaya Touré, les attaquants Wilfried Bony et surtout Max-Alain Gradel.


Après deux matches obtenus face à la Guinée puis au Mali, la Côte d’Ivoire dispute la finale de ce groupe D…face à son cher et tendre ami : le Cameroun.


UN IVOIRIEN DANS LA VILLE

« Y a quoi chez vous même ? », « C’est le coupé-décalé que tu veux voir ? » te bombardent ses amis chez qui tu es venu voir le match.

Dans ce Tunis où le froid cogne juste assez pour sortir manteaux et bonnets, tu as eu la bonne idée de regarder ce Cameroun – Côte d’Ivoire chez des…Camerounais. D’où cet accueil chaleureux.

Parce qu’il était écrit, quelque part, que cette année était la bonne, Max-Alain Gradel dompte les Lions Indomptables d’une frappe lointaine. 1- 0 !

« Oui mollah, c’est le coupé-décalé que tu as vu ! »

Place ensuite aux quarts de finale face à l’Algérie.


ONE, TWO, THREE, VIVA BABI

Cinq après ce quart de finale tristement célèbre, les Ivoiriens prennent une solide revanche : 3 à 1 grâce entre autres à deux buts de la tête de Bony.

DEUX COUPS DE CANON

La demi-finale oppose la République Démocratique du Congo à la Côte d’Ivoire. C’est le match que Yaya Touré choisit pour montrer la voie.

D’une frappe canon, le numéro 19 rappelle à tout le monde qu’il est encore l’un des meilleurs joueurs à son poste. Grâce à Gervinho puis Wilfried, autour du joli coup de Kanon, la bande à Touré l’emporte finalement : 3 à 1, et file vers la finale pour retrouver le Ghana.


GRÂCE À COPA, LA CÔTE D’IVOIRE BARRY

LA CÔTE D’IVOIRE S’OFFRE SON SECOND FESTIVAL DE CAN
Attends un peu. ©Tous droits réservés

Kamikaze à l’aise chez « l’ennemi camerounais », te revoilà chez tes potes camerounais.


Ce soir, finies les hostilités ! Tout le monde a sa langue dans sa poche.

Ce soir, pas de festivités ! Personne ne va travailler, sortir de billets de la sacoche.


Vingt-trois après donc, les Éléphants retrouvent les Black Stars. Un match rempli de symboles.


Abedi Ayew dit Abedi Pelé ayant transmis le virus du football à ses enfants, les frères Ayew sont sur la verte pelouse de l’Estadio Bata. Le plus âgé, André est d’ailleurs l’un des meilleurs buteurs de la compétition (3 buts) à égalité avec Dieumerci Mbokani et d’autres encore. Mais ce soir, il ne retrouve pas le chemin des filets. C’est seulement lors de la séance des tirs au but que ceux-ci tremblent.


Les Ghanéens laissent passer une balle de match alors que les Ivoiriens avaient manqué leurs deux premiers penalties, sous le regard imperturbable de l’homme à la chemise blanche, adossé à son banc.

À l’autre bout de celui-ci, enfoncé dans une chaise en plastique, Yao Kouassi Gervais dit « Gervinho », lui, préfère ne rien suivre, encore moins de célébrer quand Copa Barry arrête le tir de son collègue de gardien : Brimah Razak.


Dire que le gardien de but ivoirien a fait l’objet de critiques est un doux euphémisme. De la même manière que tout prendre à la légère pour ensuite mieux le tourner en dérision est un sport national en Côte d’Ivoire, taper sur l’Équipe Nationale en général et Copa Barry en particulier en est un aussi. Que tu as aussi pratiqué. Mea culpa.


Porté par les encouragements d’un Yaya Touré, le natif de Marcory, quartier situé dans Abidjan Sud, s’avance, pense déjà ce qu’il dira après avoir inscrit le pénalty victorieux au micro de la chaîne d’information continue CNEWS (« […]C’est vrai que je suis pas grand par le talent, je suis pas grand par la taille mais j’ai envie d’apprendre. J’ai envie de toujours progresser. Les critiques, ça fait toujours progresser dans la vie. […] »).

Oui, l’ancien gardien de l’Académie MimoSifcom, celui qui n’était que remplaçant au début de la compétition, a progressé.


Ce soir, grâce à Copa, la Côte d’Ivoire Barry. Après les échecs de 2006, 2012, etc. Beaucoup n’auraient jamais cru que la Côte d’Ivoire puisse remporter son second festival de CAN.

Parce que c’était – et c’est toujours le cas - une gageure de supporter la Séléphanto, parce que trop longtemps tu as été perclus de douleurs, ce soir-là, tu as entendu sans pour autant réaliser tout de suite : « Mollah, vous avez gagné. »

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